A travers les Forums de Fès, et à travers nos différentes publications, on s’est efforcé de réfuter la thèse d’un clash des civilisations considérée par tous les participants comme un leurre destiné à détourner l’attention des vrais problèmes politiques, économiques et sociaux. Le choc des civilisations est davantage un slogan qu’une réalité. C’est le choc des ignorances qui est une réalité partagée. C’est sur le terreau de l’ignorance que la thèse du choc des civilisations s’est construite, réduisant les musulmans à des dissidents désastreux menaçant par leur fanatisme le cours de l’histoire, et c’est aussi sur le terreau de l’ignorance que le terrorisme se développe, fonctionne, recrute, lave les cerveaux, endoctrine les jeunes, détourne la religion, et c’est enfin sur le terreau de l’ignorance que l’image des religions est déformée, brouillée et caricaturée.
À partir des études de cas, des analyses savantes, de la raison raisonnable, du dialogue vrai, nous avons conclu durant ces dernières années qu’une analyse de la scène mondiale se doit de prendre en considération plusieurs variables aussi bien économiques, sociales, techniques, que culturelles et politiques. La représentation de l’ordre comme celui du désordre doit intégrer toutes les dimensions pour dépasser les clichés et les visions pessimistes du monde.
Le Forum de cette année qui a eu lieu à Fès du 04 au 06 décembre autour du thème « La Diplomatie religieuse et culturelle au service de la paix mondiale » s’est inscrit dans la droite ligne des précédents, en cherchant encore une fois à élucider les esprits, à apporter des analyses savantes, à mettre fin aux amalgames, à percevoir, à comprendre ce qui est en jeu, de manière à pouvoir assumer les métamorphoses nécessaires. C’est là le niveau fondamental de la problématique. Mais il diffère également des précédents du fait que le Forum de cette année aspire à tracer une véritable feuille de route institutionnelle en mettant en exergue le rôle que peut jouer la Diplomatie pour régler les problèmes de ce monde, qui ne sont pas uniquement religieux. Ils sont politiques, économiques, sociaux, culturels, et enfin religieux. Les conclusions de ce Forum, serviront, comme à l’accoutumée, de base à l’élaboration de programmes et de projets destinés à renforcer le dialogue inter-culturel et dépasser les incompréhensions mutuelles, particulièrement entre le monde occidental et le monde musulman.
Le Forum de Fès, se veut une occasion pour que des spécialistes, des universitaires, des politiques, des diplomates, des hauts fonctionnaires internationaux, des journalistes, des acteurs de la société civile, se réunissent pour débattre, échanger leurs vues, analyser et réfléchir à cette thématique cardinale de nos sociétés contemporaines. La gravité des enjeux, l’importance des défis lancés nous poussent à croire que l’esprit de responsabilité des uns et des autres prévaudra sur la langue de bois, les préjugés et autres dogmatismes. C’est à l’aune de ces défis et de la réponse qu’on leur a apporté que nous jugeront demain nos enfants. |