Votre ordre du jour est particulièrement riche. Je suis convaincu qu'il apportera un éclairage nouveau sur ce sujet majeur.
Il est d'autre part hautement symbolique que cette réflexion se tienne à Fèz, haut lieu de la culture marocaine et de sa diversité.
C'est ici même, au quatorzième siècle qu'Ibn Khaldoun, penseur universaliste affirmait que la civilisation est une aspiration commune de l'humanité et le montrait par ses écrits en produisant une synthèse de la philosophie grecque et du monothéisme biblique et coranique.
Plusieurs siècles plus tard, l'historien français Fernand Braudel, pensant à la Méditerranée, écrivait « qu'une civilisation est un espace travaillé par les hommes et l'histoire ».
C’est dans le sillage de tels grands esprits que vous inscrivez vos travaux.
Dès lors, vous entendez aborder ce vaste sujet sans a priori, ni « langue de bois » rejetant les formules convenues et les banalités.
A la suite des interventions de ce matin faites par des spécialistes, vous mautoriserez à tenir des propos plus généraux mais que je souhaite lier à la réalité que j'observe au Maroc comme Ambassadeur de France.
Débattre du dialogue des religions, des cultures et des civilisations peut, dès lors que l'on s'éloigne des lieux communs, s'avérer délicat. On aborde inévitablement des questions sensibles, on peut déplaire ou choquer.
Or ce qui me frappe au Maroc, c'est la liberté de ton avec laquelle ces questions sont évoquées.
Nombreux sont les colloques, les émissions de radio ou de télévision, les conférences, les prises de positions politiques qui témoignent de cette ouverture sur ce sujet.
C'est déjà là un résultat en soi. C'est une réalisation majeure.
En acceptant ces débats, en les organisant, en les stimulant, le Maroc apporte une réponse concrète à la question de savoir ce que recouvre la diversité et le respect de l'autre.
C'est là, la marque d'un engagement sur des valeurs, une orientation politique claire ; en un mot, un choix de société.
Il ne m'appartient pas à cet égard de dire si il y a ou non un modèle marocain.
Ce qu'en revanche je peux affirmer ici, c'est qu'en agissant ainsi, le Maroc affiche avec détermination et courage un cap auquel il se tient.
De ce point de vue, le Maroc constitue pour beaucoup de pays de la région une référence utile.
L'attachement des autorités marocaines au dialogue interculturel n'est pas un effet de mode. Il correspond à une démarche réfléchie, profonde et je le pense, durable.
A ce propos, laissez moi évoquer un souvenir :
Juste après les attentats du 11 septembre 2001, Sa Majesté le Roi Mohamed VI avait pris l'initiative de réunir des Ministres des Affaires étrangères des pays des deux rives de la Méditerranée pour une concertation sur le thème du dialogue des cultures.
Le but était limpide : montrer en une période troublée que l'antagonisme entre les civilisations n'est pas inéluctable.
D'une certaine manière, le discours prononcé à Tanger par le Président de la République française lors de sa visite d'Etat au Maroc, fait écho, quelques années plus tard, à ce geste royal.
Car les fondements de « l'Union de la Méditerranée » répondent à cette même conviction que la culture constitue un instrument de modernité et un moyen pour les hommes de construire une destinée commune.
C'est donc un message d'espoir.
C'est sur cette note optimiste que je souhaite dire ma gratitude aux organisateurs de cette rencontre.
Je souhaite aussi vous dire combien la qualité du programme proposé, la vigueur du message de tolérance que vous portez ont motivé le soutien que l'Ambassade de France à cette manifestation.
Sachez en tous cas que vous trouverez toujours la France à vos côtés pour accompagner des démarches aussi utiles et opportunes.
Je vous remercie. |